Jacques Ricou et le Grand Steeple-Chase de Paris

« La course que tous les jockeys d’obstacle rêvent de gagner »

Chargé de promotion hippodromes au PMU, l’ancien jockey Jacques Ricou a remporté le Grand Steeple-Chase de Paris en 2015. Il revient sur ce moment unique et nous livre son analyse de l’édition 2020 qui se disputera mi-octobre.

Que représente pour vous le Grand Steeple-Chase de Paris ?

C’est la course d’Obstacle de référence, une course pas comme les autres que tous les jockeys rêvent un jour de gagner. S’imposer, c’est un peu comme accéder au « Graal ». J’ai gagné cette épreuve en 2015 avec Milord Thomas, « le cheval de ma vie ». Une telle victoire marque à jamais.

Quelles seront les difficultés propres à cette édition 2020 qui aura lieu exceptionnellement le 18 octobre ?

Habituellement, le Grand Steeple-Chase a lieu en mai et les chevaux participent à 3 ou 4 courses préparatoires. Cet automne, ils n’en auront qu’une ou deux pour se préparer. Mais je ne pense pas que cela va réellement changer la donne pour les favoris. Seuls des chevaux d’exception peuvent gagner une telle course. Ce sont des athlètes hors norme et ils restent les meilleurs en toutes circonstances. 

Quel est selon vous le profil du vainqueur 2020 ?

Avec les aléas provoqués par la crise sanitaire, la course va être très ouverte entre les chevaux d’âge et ceux de la nouvelle génération. En mai, la piste est rapide et légère. En octobre, le terrain risque d’être collant ou lourd. Il va falloir suivre la météo. Cela va rendre l’épreuve d’autant plus palpitante. Bipolaire, Carriacou ou Device font partie de mes favoris.

Comment vous êtes-vous préparé pour affronter cet « Everest » hippique au mieux de votre forme ?

Gagner une telle course demande un important travail de préparation mentale. Il faut être prêt à se dépasser et être très fort dans sa tête. Cela exige aussi des entraînements physiques plus intensifs qu’habituellement avec son coach. On passe alors « en mode guerrier » pour être fin prêt le jour J avec son cheval.

Quel était votre état d’esprit avant d’aborder cette course ? 

Mon objectif était d’engranger un maximum de confiance avant la course. Plus le jour J approche, plus la pression monte, et plus on se met dans sa bulle. Il faut réussir à gérer cette pression de l’événement pour ne pas perdre ses moyens. Si l’on a fait un bon travail de fond et que l’on se sent bien son corps, il reste, comme je l’ai déjà souligné, tout aussi important de travailler son mental. Les chevaux ont un sixième sens. S’ils sentent que l’on est stressé, cela peut vite tourner en notre défaveur.

A quoi pense-t-on pendant la course et quelles sont les difficultés majeures pour le jockey comme pour le cheval ?

Tout va vite même si le parcours est long de 6000 mètres. Le jockey pense avant tout à son cheval à qui il impose la trajectoire et la vitesse. Il faut le mettre dans les meilleures dispositions pour franchir chacun des 23 obstacles de la course. Il faut aussi faire constamment attention aux concurrents qui nous entourent.

Quel est votre meilleur et votre pire souvenir de cette course ?

Mon pire souvenir, c’est ce jour de 2007 où je suis tombé au saut de la rivière des tribunes. Heureusement mon cheval, Or Noir de Somoza, s’est relevé sans blessure…

Mon meilleur souvenir, c’est bien sûr ma victoire avec Milord Thomas en 2015. J’ai conquis ce Graal tant attendu en fin de carrière, à l’âge de 38 ans. Ça a été pour moi un soulagement et une forme de consécration.

Voir ou revoir Epoque Hippique – Milord Thomas

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