Bold Eagle, salut l’Artiste !

Grand Prix de Wallonie

Avant même que cette prestigieuse épreuve du programme outre-quiévrain ne délivre son verdict, le Grand Prix de Wallonie disputé dimanche à Mons-Ghlin est d’ores et déjà entré dans l’histoire.

« Toutes les bonnes choses ont (malheureusement) une fin ». Bold Eagle ne pourra se soustraire à cette évidence. Dimanche, au moment même où les ailes de l’autostart se replieront, donnant le départ de ce Grand Prix de Wallonie, l’illustre ambassadeur de la casaque de Pierre Pilarski s’apprêtera à tourner la page. A tirer sa révérence en s’efforçant, auparavant, de ponctuer de la plus jolie des manières un palmarès riche de vingt-et-un trophées estampillés « Groupe I ».Il reviendra à son lad attitré, Hugues Monthulé d’orchestrer cette sortie. Brillamment.

Et sur un tracé où il a déjà connu la gloire en 2017 puis 2019, le fils de Ready Cash essaiera de faire bégayer l’histoire, continuant ainsi à écrire la sienne. Tel un conte de fée devenu réalité pour celui qui accéda sur le toit du monde en 2016 puis l’année suivante. Double éclatante prestation lors d’un Prix d’Amérique où il terrassait successivement Timoko.

Double vainqueur d’Amérique

L’apogée pour ce trotteur qui était pourtant apparu sur la pointe des sabots, débutant discrètement en Mayenne. A pas feutrés, le représentant – à l’époque – de Jean-Philippe Dubois allait cependant gravir, en deux temps, trois mouvements, les échelons, jusqu’à frapper à la porte des grands morsqu’il s’imposait lors du Prix de Gien en juin 2014. Coup d’éclat de la part d’un sujet encore méconnu qu’un consortium Pierre Pilarski, l’écurie Fouquette et la famille Bernereau veillait cependant à acquérir. Sitôt placé sous la férule de Sébastien Guarato, Bold Eagle ne tardait à se remettre en évidence.

Ainsi réalisait-il un tonitruant second semestre 2016, trouvant consécration lors du Critérium des 3 ans puis de Sélection. A l’appétit d’ogre, celui-ci connaîtra toutefois un Prix Gaston Brunet au goût amer où contrarié par un petit souci de santé, le champion n’était alors que l’ombre de lui-même. Une désillusion qui encouragera d’ailleurs son entourage à lui accorder un peu de repos.

Des débuts discrets en Mayenne

Avant qu’il ne reparte en campagne et ne retrouve les saveurs du succès. Ne continue à éclabousser d’aisance en se jouant régulièrement de l’adversité. Le Grand Prix de l’UET 2015 programmé à Wolvega aux Pays-Bas tombait ainsi dans son escarcelle, le Critérium Continental dans la foulée avant qu’il ne décroche la lune et l’épreuve honorant la bannière étoilée, aux dépens de Timoko. Sur sa lancée, il signe le doublé en triomphant lors du Prix de France, au terme d’une vive lutte avec ce même rival. La triple couronne – avec le Prix de Paris – lui glissera cependant entre les sabots, terrassé par Lionel.

De retour à la compétition, au lendemain de quelques semaines de repos bien mérité, il s’illustre d’emblée. Critérium des 5 ans, Championnat Européen réservé à cette génération, Prix du Bourbonnais puis de Bourgogne viennent étoffer son élogieuse carte de visite. Laquelle s’inscrira même dans le marbre avec un nouveau Prix d’Amérique, de France puis de Paris. Insolente efficacité que seuls ces aînés Jamin, Gelinotte puis Bellino II étaient parvenus à réaliser.

Une triple couronne dans l’escarcelle

Impérial dans l’Atlantique à Enghien au printemps 2017, Bold Eagle est cependant contraint de mordre la poussière durant l’Elitlopett à Solvalla, vaincu par Timoko. Une contre-performance qu’il efface lors du Prix René Ballière puis à Mons avant qu’il ne trébuche à nouveau derrière le regretté Aubrion du Gers qui lui inflige un coup de chaud dans le Prix d’Eté.

Courageux, le fils de Ready Cash semble alors rattrapé par l’inévitable poids des année qui, sournoisement, lui fait perdre de sa superbe. Les trophées se métamorphosent alors en (jolis) lots de consolation. Et sa médaille de bronze « arrachée » fin janvier 2018 en est tel un reflet. A l’image d’ailleurs de son nouvel échec suédois où agacé, le champion tricolore perdra ses nerfs et pied aussi. Certes, son « troisième » René Ballière puis le TGV à La Capelle essaieront de le remettre en selle mais … Bold Eagle ne s’affirme plus imbattable.

Mésaventures scandinaves

Une situation qui donne alors des ailes à ces principaux adversaires, ravis de s’en donner à cœur joie : l’élève de Sébastien Guarato laisse apparaître un genou à terre. Déchu à plusieurs reprises, il relève sensiblement la tête cependant dans l’ombre des Ducs de Normandie, derrière Aubrion du Gers. Avant qu’il ne s’offre une fructueuse escapade au Canada, durant l’automne 2019. Et la Breeder’s Crown lui revient en toute quiétude.

Une victoire qui pour autant ne réussira pas, plus à décupler les forces d’un champion, plus que jamais, en équilibre sur son piédestal. Contraint, bien malgré lui, à jouer les seconds rôles dans l’Amérique, « Bold » ne retrouvera les sensations fortes. Dominé à nouveau en Normandie, son entourage déprogrammera cependant sa retraite au lendemain d’un René Ballière « épinglé » par Face Time Bourbon. Une déception, loin des regrets et de la clameur de ce public qui n’aura eu d’yeux que pour lui durant de longues semaines.

Toujours dans l’intimité, il échouera dans sa quête d’un baroud d’honneur à La Capelle, incapable d’empêcher Drôle de Jet de se couvrir d’or. Dimanche, en Belgique, Bold Eagle sera à pied d’œuvre, une dernière fois. Mais ne recherchera pas la consécration, il la détient déjà. A l’heure du départ, pendant que des cœurs battront la chamade, lui posera le sien sur la piste en espérant quitter cette atmosphère qu’il aimait tant par la Grande Porte. Un pari audacieux, d’autant que Face Time Bourbon sera (bel et bien) de la partie mais qu’il tentera de relever. Nanti cependant de la certitude que sa prestation ne laissera indifférent.

Les « Grands » ne meurent jamais, ils s’éloignent tout à coup du devant de la scène certes, en aucun cas de cette mémoire collective. Bold Eagle s’inscrit dans cette catégorie. Assurément.

Chapeau l’Artiste…

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